Naître

Initiation essentielle tant pour le bébé qui nait, que pour la femme qui devient mère, l’accouchement est un rite de passage naturel, nécessaire et puissant qu’il convient dans l’idéal de préparer en conscience. Ce processus constructif est la clef de voûte d’une relation mère/enfant intuitive, harmonieuse et enjouée, le pilier d’une humanité empathique et mature. Pour bien comprendre le processus initiatique à l’œuvre durant la grossesse et l’accouchement, il faut d’abord considérer l’être dans sa tripartition corps-âme-esprit, et la vie comme une succession de passages matriciels devant nous conduire, dans le meilleur des cas, à élaborer la plus belle forme de nous-mêmes. Mourir et renaitre, transformé(e) et grandi(e).

Ces neuf mois d’attente sacrée pour la mère allient une transformation physique évidente à un élargissement progressif de conscience. Les sens sont en éveil, la sensibilité, l’intuition et l’instinct sont accrus jusqu’à une apothéose finale où, entrant dans une transe légère, elle va expérimenter de manière naturelle ce que de tous temps les hommes reproduisent par des initiations culturelles : un effondrement du temps phénoménal permettant « une mutation ontologique du régime existentiel » (dixit Mircéa Eliade). Un divin privilège accordé aux femmes… À condition bien sûr que rien ne fasse entrave à la magie. Du point de vue du bébé, ça commence avec une explosion d’étincelles quand le spermatozoïde féconde l’ovule, c’est un véritable Big-Bang conceptionnel. Puis c’est l’expérience de toute la phylogenèse, il va vivre plusieurs milliards d’années d’évolution, passant progressivement de zygote à embryon, de fœtus à petit homme. C’est la grande épopée de la Vie qui coule dans ses veines, la mémoire de l’humanité entière dans son ADN. Arrive le moment où il décide de naître à notre monde, et le voici quittant la matrice utérine pour franchir le tunnel…

Hormis les cas de malnutrition et de malformation qui font exception, toutes les femmes sont capables d’accoucher par elles-mêmes de manière naturelle. Mais des siècles de patriarcat, de matérialisme, et une méconnaissance de la physiologie, ont marqué au fer rouge la peur dans l’inconscient collectif, et ont conduit à une hypermédicalisation routinière et banalisée de la naissance, lourde de conséquences. Déclenchement, péridurale, épisiotomie, forceps, césarienne… De nombreuses études ont démontré les effets négatifs à court et long termes de ces interventions. Pour le bébé d’une part : détresse fœtale, difficultés dans l’établissement de l’allaitement, jusqu’à plus tard l’autisme, pour ne citer qu’eux. Mais aussi pour la mère qui, en ne vivant pas pleinement son « devenir mère » se retrouve parfois limitée à « avoir un enfant ».

Photo © Yvette Yvens

La période primale est sans conteste une période charnière de l’existence, que d’éminents scientifiques et de grands mystiques ont su mettre en exergue. La pré-conception, la gestation, l’accouchement et les deux premières années de vie, sont déterminants pour la mère et l’enfant, pour leur intégrité physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. C’est aussi l’opportunité pour la future maman, dans la transparence psychique qu’offre la grossesse, de revisiter son histoire, faire le grand ménage afin de ne garder que le meilleur en guise d’héritage.
Reconsidérer la manière d’accueillir la vie, préparer sa grossesse en conscience, vivre un accouchement non perturbé et transcendant, c’est permettre une maturation subtile, c’est vivre une expérience chamanique où la jeune femme meurt pour laisser place à la mère, à une mère qui sait de manière intrinsèque ce qui est bon ou pas pour son bébé. N’est-ce pas le meilleur cadeau qu’elle puisse se faire à elle-même, à son bébé, et par conséquent à l’humanité tout entière ?

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