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« Pour en finir avec le concept de sevrage »

Il est des notions assassines et empoisonnées qui n’ont aucune base autre que celle, arbitraire et impérative, de la norme sociale et culturelle et qui peuvent pour longtemps – si ce n’est pour toujours – compromettre le développement optimal, physique et psychique du petit d’homme.

Le concept de sevrage est un de ces concepts dont une analyse rapide nous permettra de saisir la nature fondamentalement anti-hédoniste et mutilante, et le projet global de violence envers les êtres vivants de nos sociétés guerrières qui réglementent par oukases et décrets les comportements de ses membres.

Si, dans un premier sens tiré du latin populaire separare (séparer), sevrer signifie « cesser progressivement d’allaiter pour donner une nourriture plus solide » (Le Petit Robert, 2001), le verbe désigne en horticulture le fait de séparer une marcotte du pied mère, en médecine, de priver un toxicomane d’une drogue ou encore en langue profane, de priver quelqu’un de quelque chose d’agréable.

Ainsi, le lait de mère humaine, cet élixir dont se délectent les bébés, mais aussi le sein qui le produit, sont vus soit comme une drogue qui induit une dépendance nuisible, soit comme un plaisir indécent dont il convient, pour le bien psychique de l’enfant, d’être éloigné. Et le plus tôt serait le mieux. En filigrane, il s’agit bien sûr d’être séparé du « pied mère », de sa base, de sa « terre natale ». Car il est là, l’enjeu majeur de la pratique du sevrage : la séparation.

Pour convaincre les mères, toujours trop enclines à répondre aux besoins capricieux de leur progéniture, de la nécessité d’une telle séparation, les différentes figures successives de l’autorité au cours de l’histoire (philosophes, moralistes, hommes d’Église, médecins, et plus récemment, se parant des atours séduisants de la scientificité, psychologues) ont développé toutes sortes d’arguments plus fallacieux les uns que les autres. Le cheval de bataille de ces prescripteurs abusifs (et leur « cheval de Troie ») est le concept d’indépendance ou, plus en vogue, moins politique, plus psychologisant, celui d’autonomie. Comment pourrait-on soupçonner de mauvaises intentions quelqu’un qui prétend œuvrer pour l’autonomie des enfants ? N’est-ce pas ce que tout parent désire : que son enfant soit le mieux équipé pour survivre par lui-même ?

Soit dit en passant, la notion d’autonomie me laisse tout aussi rêveuse : encore une autre illusion spéculative qui fait abstraction de la nature essentiellement grégaire d’homo sapiens. Au fond, les sociétés non traditionnelles n’ont de société que le nom. Structurellement, ce n’en sont pas. Leur projet collectif n’est pas un projet pour les individus. Mais ceci est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons sûrement sur ce blog.

L’autonomie, donc, c’est la cause noble de la séparation, dût-elle se faire dans la violence et à son corps défendant. Car le sevrage est toujours un rituel qui se fait à l’initiative plus ou moins assumée de la mère ou pire, de celle de la communauté. On sèvre ainsi plus ou moins joyeusement, selon que l’on se réfère à telle ou telle autorité, à dix semaines (durée du congé maternité légal en France), à six mois (nouvelle durée révisée de M. Marcel Rufo, expert ès « choses qui sont bonnes pour les bébés – et les mamans »), à un an (« Ordre » des pédiatres) ou à deux ans ou plus (recommandations de l’OMS). Je constate tristement qu’à aucun moment on ne se demande ce qu’en pensent les mères et surtout, « ce que veulent les bébés et les enfants », habitués que nous sommes à recevoir les conseils avisés et expertises en tous genres des spécialistes (et il y en a pléthore, en fonction de la partie de notre personne disséquée, morcelée qu’on considère !). Pourtant qui plus que la mère (ou le père) est expert de « Vivien M., trois mois, tétouilleur en bonne santé et heureux de vivre » ? Elle est belle, l’autonomie qu’on nous vend quand on ne nous laisse même pas décider par nous-mêmes de ce qui est bon pour nous ! Et quand je dis « nous », je parle de la mère ET de l’enfant, l’arrêt de l’allaitement étant de toute façon un ajustement fin à deux voix.

Le concept de sevrage est également inséparable de la notion de frustration chère à nos pédopsys enthousiastes et partant, de celle de plaisir interdit. Le plaisir (l’ocytocine et les endorphines en somme) est une drogue, par conséquent forcément destructrice (de qui ? de l’individu ? de l’ordre apollinien de la société ?), un objet absolu du désir (pas bien le vilain désir !) que notre culture judéo-chrétienne de suspicion envers le corps et ses joies a méthodiquement œuvré à diaboliser. La négation du plaisir, la frustration seraient « formatrices » ; je veux bien l’admettre en un certain sens, celui d’auxiliaires à la société guerrière, mais sûrement pas au sens de l’épanouissement de l’individu et du groupe social dont il est l’élément de construction.

Mais revenons donc au sevrage, notion culturellement construite, mythe fondateur de notre projet social, et à l’élément d’intervention extérieure nécessaire qu’il sous-tend. Car, en effet, il s’agit d’une construction intellectuelle qui ne repose sur aucune base biologique. Il n’est pas nécessaire d’intervenir dans la relation d’allaitement. Rien ne justifie une telle ingérence, et sûrement pas les pseudo-lois édictées (pour beaucoup, inventées voire fantasmées) par les psychologues. Mesdames, si vous voulez garder vos enfants au sein (je ne m’adresse pas aux enfants car je connais leur point de vue sur la question), ne vous gênez pas ! Non seulement, vos enfants en ont besoin et ce jusqu’à un âge avancé (qui se compte en années et pas en mois) car le lait de mère humaine est un trésor nutritionnel, immunitaire, affectif, mais de plus, et c’est un scoop, cela ne fera pas d’eux des névrosés à la sexualité tourmentée ni des bras-cassés sociaux !

Pour s’en convaincre, les indécis pourront lire l’excellente étude d’Ann Sinnott : Allaités… des années ! qui paraîtra bientôt aux Éditions du Hêtre, passionnant voyage dans les terres inconnues de l’allaitement au (très) long cours.

Allaiter, c’est tellement plus qu’un geste « technique » ou « orienté » ; c’est un tout fonctionnel qui répond à un complexe de besoins du petit d’homme, c’est la façon la plus facile, la plus immédiate, la plus efficace de donner de l’amour à son enfant et c’est précisément pour cela qu’il se fait au long cours. Il n’y a rien d’autre à faire, et sûrement pas à sevrer, pour assurer à son enfant bien-être et équilibre. Pour prendre le contre-pied d’une formule d’une « suspicieuse » (voir bientôt le billet « Les suspicieux » sur ce blog), « l’amour suffit » et il suffit à tout. »

> Source : Pour en finir avec le concept de sevrage, par Dali, Les Éditions du Hêtre

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« La durée de votre allaitement ne concerne que vous et votre bébé. Il n’y a pas de durée minimum d’allaitement pas plus que d’âge précis où le bébé doit être sevré. La mère peut décider de suivre son propre rythme pour le sevrage ou bien se laisser guider par son bébé. »

Extrait de l’Allaitement Tout Simplement via « L’allaitement au fil du temps »

« Il n’est pas normal d’allaiter un enfant jusqu’à trois ou quatre ans, cela lui fait du tort en créant une relation de trop grande dépendance entre la mère et l’enfant. C’est faux! Depuis les débuts de l’humanité, la règle pour la plupart des cultures de civilisations humaines a été d’allaiter les enfants pendant deux à quatre ans. Cela ne fait qu’une centaine d’années qu’on limite la durée de l’allaitement. Les enfants allaités au cours de leur troisième année ne sont pas plus dépendants. Au contraire, ils ont tendance à faire preuve d’une plus grande confiance en eux, donc à être plus indépendants. C’est eux qui prennent la décision d’arrêter l’allaitement, encouragés avec douceur par leur mère, et cela leur donne confiance en eux. »

Quelques mythes sur l’allaitement (Dr J.Newman)

Image : Femme eskimo, 1904

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Commentaires (11)

Tout le monde milite pour l’allaitement aujourd’hui, j’ai l’impression que les mentalités évoluent à ce sujet, même l’OMS recommande l’allaitement jusqu’à 3 ans minimum.
Il n’y a que Rufo qui a un pb avec, il ferait mieux d’analyser les origines de son blocage (sevré trop tôt le Rufo?) que de continuer à donner ses pseudos conseils, fondés sur son seul ressenti!

Pour ma part, je n’ai eu que des retours positifs, que ce soit du milieu médical ou du tout venant concernant l’allaitement « de longue durée »… mais bon, je n’ai allaité « qu' »un an! Ceci dit, il est vrai que les regards changent quand bébé devient bambin…

Merci pour cet article ,je vais m’empresser d’acheter le livre

Pour ma part j’ai eut beaucoup de négatif j’ai des allaitements « dit » très long mon premier 37mois et pour le deuxième toujours en cours 20mois

Donc ton article me parle

merci encore beaucoup

Et que dire du REGARD social, extérieur quasi autant qu’intérieur, et des commentaires, des plus « gentils » aux plus imbéciles…et cela même dans un milieu hospitalier: suis infirmière, et j’allaite « encore, oui! » ma fille de presque 20 mois, et « on, elle ne me mord pas, … et non, je ne pense pas l’allaiter jusqu’à 15 ans… » « et d’ailleurs, de quoi je me mêle! »… grrrr, moi j’ai envie de mordre parfois!!

Alors, merci pour ton article, une minuscule mais si utile petite pierre à édifice!!

Je crois que le problème est purement culturel (et générationnel) : les gens ne sont plus habitués à ce qui est naturel. Et c’est malheureusement valable pour tout. Il est grand temps de redevenir humain, et ça passe par un retour au naturel.

je suis bien d’accord, pour preuve je suis puericultrice dans une maternité dont tout le personnel (moi y compris) à suivi une formation sur l’allaitement et connait les recommandation de l’OMS (6 mois exclusif et 2 ans diversifié) et j’ai pourtant eu plusieurs collègues étonnée (et pas en positif!!) que je dise que j’allaitais encore mon fils exclusivement et me demandant jusqu’à quand (il n’avais alors pas 6 mois!!)
mon fils a 7 mois et demi, il est très sociable, depuis qu’il sait sourire (à1 mois) il sourit à tout le monde et va facilement vers n’importe qui, et il a une relation hyper complice avec son père (parce que il y aussi que nous mères allaitantes indignes privont le père de nourrir son enfant!!)
c’est dingue de voir comme on culpabilise les mères qui n’allaite pas au début et comme les gens changent d’idée passé 2 ou 3 mois, et de quoi ils se mêlent d’abord!!

en tout cas très bon article!

Eh bien me revoilà, évidemment… Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre, ou plutôt lire, comme conneries :
« Il est grand temps de redevenir humain, et ça passe par un retour au naturel. D’ailleurs avez-vous connaissance de mâles chez les mammifères qui nourrissent leur petits?!..
Mais oui bien sûr!! Si on revenait à l’état de nature, laissons tomber la culture, le langage, la CONSCIENCE, soyons juste des animaux, des mammifères comme vous dites, qui nourrissent leurs enfants avec leurs mamelles, les lèchent pour les laver, et vivent dans des grottes en hiver!
Pardonnez-moi pour ces propos excessifs, mais les vôtres me font le même effet, sachez-le.
Je n’ai aucun a priori sur les femmes qui allaitent des années, j’en connais, je trouve ça très beau et je me réjouis qu’elles s’en trouvent épanouies. Mais si de mon côté j’ai tout simplement détesté allaiter, j’aimerais que de la même manière on ne me juge pas. Je n’allaite pas, j’ai accouché sous péridurale, et je me sens une femme libre, qui a eu LE CHOIX. Pour ma première fille j’ai tellement subi de pression pendant ma grossesse que j’ai finalement essayé d’allaiter, et ça a été une catastrophe. Néanmoins j’ai tenu 4 mois d’atroces souffrances, et aujourd’hui une seule conclusion me vient : pourquoi? – pour la seconde je lui ai donné le biberon immédiatement, et je me suis sentie bien plus épanouie! Je peux porter les vêtements que j’aime, je n’ai pas les seins qui coulent en permanence ni les douleurs qui vont avec, et par conséquent je me sens de nouveau telle que je suis, et c’est ainsi que je peux être une meilleure mère!!!

Convaincue des biens faits de l’allaitement je n’en suis qu’au début, ma petite à 4 mois… Chacune fait comme il lui plait bien sur… Mais après avoir lu bcp d’article, parfois assez complexe d’ailleurs, sur le sujet et notament sur la composition des différents laits proposés pour nourrir les petits (lait maternel compris bien sur) et des conséquences de ces composition et habitudes sur l’enfant, j’aurais quand même tendance à penser qu’il est du devoir de la mère de nourrir au mieux son bébé, il ne faut pas oublier que celui-ci est entièrement dépendant de sa mère et de « ses choix »…

J’ai allaité ma fille jusqu’à 3 ans et demi. J’étais alors enceinte de mon deuxième bébé et j’ai ressenti le besoin de faire un arrêt d’allaitement entre mes deux enfants. J’ai accompagné ma fille sur le chemin de la fin de l’allaitement. Elle a trouvé ça difficile sur le coup. J’allaite maintenant mon garçon de 8 mois. On verra bien où cet allaitement nous mènera. À partir d’un certain moment, je n’allaite plus en public du tout. Les gens trouvent extrêmement bizarre l’allaitement prolongé, celui du bambin. Tant pis pour eux. J’en parle, mais je ne fais pas de mon allaitement un acte de militantisme. Je crois aussi que l’allaitement prolongé n’a rien de mauvais pour un enfant. Après tout, nous sommes des mammifères et je ne connais aucun mammifère qui donne du lait d’un autre, exception faite de notre espèce:-)

Une simple question, pour nourrir son enfant au lait maternel exclusivement pendant 6 mois, sa mere doit arrêter de travailler? Une bonne mère doit être au foyer?
Si la seule alternative est de tirer son lait la femme n’éprouve alors plus de plaisir à nourrir le petit mais qu’un sentiment d’obligation, je ne suis pas sûr que se soit ma vision de la mère idéale. …

Il y a bien des choses qui m’échappent en ce bas monde… Si une mère n’éprouve pas de plaisir à nourrir son propre enfant ou à rester auprès de lui durant ses premières années (ou au moins ses premiers mois), où en trouve-t-elle ?

J’ai allaité mes jumeaux 18 mois, à ma reprise du travail, j’ai tiré mon lait le midi pendant plusieurs mois, pour moi, même le tirage était un plaisir car je savai qu’il contribuai à maintenir mon allaitement.

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