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À la recherche de l’orgasme psychédélique

Traduction d’un article de Bethan Finighan

Dans mon livre « Enfanter en conscience », je consacre un paragraphe à la DMT et la glande pinéale où j’écris : « Pour l’heure, aucune étude n’a mis en évidence le rôle de la dmt dans le processus d’accouchement, mais il est probable que le cerveau de la femme en sécrète suffisamment, lorsque les conditions nécessaires à la physiologie sont respectées, pour qu’elle puisse vivre une expérience mystique, une forme d’extase, d’unicité. En aurons-nous un jour la preuve ? »

Cet article très intéressant corrobore cette idée !


À la recherche de l’orgasme psychédélique

On commence enfin à parler du plaisir sexuel féminin. L’orgasme féminin n’étant plus un sujet tabou, de plus en plus de femmes partagent fièrement leurs expériences d’exploration personnelle. Une chose est désormais certaine : l’orgasme féminin est une extraordinaire expérience.

Plus les chercheurs en découvrent à propos des évènements marquants de la vie – donner naissance, approcher la mort, et maintenant, les orgasmes – plus leurs similarités deviennent évidentes. À l’intersection se trouve une expérience mystique, et les psychédéliques pourraient en être la raison.

Le mysticisme des psychédéliques… et des orgasmes

L’expérience psychédélique est souvent apparentée à un état d’esprit mystique, caractérisée par l’unité avec le Divin ou l’univers, et la transcendance de l’espace et du temps.

Assez ironiquement, les scientifiques se sont efforcés de donner du sens à cette expérience mystique. Dans la nouvelle vague de recherches sur le LSD, la psilocybine et autres psychédéliques dans le traitement psychiatrique, il est communément reconnu que de forts sentiments de mysticisme sont associés à une plus grande guérison.

Les expériences mystiques font partie intégrante de nombreuses pratiques religieuses méditatives et orientales depuis des milliers d’années, bien avant la renaissance psychédélique actuelle, mais quelles autres expériences naturelles peuvent évoquer des sentiments de mysticisme ? Accoucher, peut-être, ou encore approcher la mort ? Peut-être que oui, mais certains iraient jusqu’à affirmer qu’un orgasme – en particulier l’orgasme cervical – est une expérience résolument mystique.

Le col de l’utérus est souvent négligé dans les conversations autour du plaisir sexuel. Pour certains, cette région est source de douleur et d’inconfort lors des rapports sexuels. Mais, pour d’autres, la stimulation cervicale peut les livrer à un raz-de-marée de plaisir profond et prolongé. On dit que c’est une expérience qui change la vie – une expérience profondément spirituelle, même.

Qu’est-ce qui rend l’orgasme cervical si unique ? Il diffère d’un orgasme clitoridien, qui a tendance à être une sensation plus localisée qui suit une progression uniforme – une accumulation et une libération. Lors d’un orgasme cervical cependant, le plaisir se présente sous forme de vagues plus longues et d’impulsions intenses, qui peuvent même s’étendre sur tout le corps.

Le Dr Barry Komisaruk, un expert de la science des orgasmes, a découvert que le col de l’utérus possède sa propre voie de plaisir indépendante de l’anatomie clitoridienne. L’orgasme cervical contourne la moelle épinière et stimule le nerf vague, qui va du cerveau à l’abdomen. Cela expliquerait la dichotomie entre ces deux expériences du plaisir féminin.

Étant donné que l’on pense que l’orgasme cervical évoque des sentiments de mysticisme, y a-t-il une correlation avec une expérience psychédélique ? En fait, les deux engendrent des états modifiés de conscience. Les deux vous libèrent de votre ego et dissolvent la sensation que vous avez de vous-même. Les deux vous permettent de transcender la réalité, ce qui peut être extrêmement profond et spirituel.

C’est un parallèle fascinant, mais y a-t-il quelque chose de psychédélique dans un orgasme ? Certaines personnes le croient. Une théorie affirme qu’un orgasme cervical nous amène à libérer naturellement la molécule psychédélique DMT.

La DMT est-elle la molécule spirituelle du corps ?

La DMT, ou diméthyltryptamine en pharmacologie, est une substance psychédélique classique présente naturellement dans de nombreuses plantes et animaux. C’est l’ingrédient hallucinogène du breuvage psychoactif amazonien, l’ayahuasca, et qui a une longue histoire d’utilisation rituelle et médicinale indigène.

Lorsque des gens consomment de la DMT, ils déclarent avoir des expériences significatives et transformatrices. Les effets psychoactifs de la DMT sont souvent assimilés à une expérience de mort imminente – c’est-à-dire une expérience hors du corps accompagnée d’hallucinations visuelles, de sentiments de paix intérieure et la sensation de présence spirituelle.

Cela a amené de nombreuses personnes à spéculer sur le fait que les expériences naturelles de mysticisme, telles que le fait de se retrouver face à face avec la mort, sont associées à la libération de DMT endogène dans le cerveau. Oui, cela est vrai. Certains scientifiques pensent que le corps humain peut produire sa propre DMT.

La DMT a été appelée de manière célèbre « la molécule de l’esprit » par le Dr Rick Strassman pour sa capacité à évoquer des expériences d’éveil spirituel. Le livre de Strassman, DMT: The Spirit Molecule, a lancé l’idée que le corps humain a un système DMT endogène. C’est une théorie souvent contestée sans preuve scientifique concluante, mais les premiers résultats suggèrent que c’est certainement une réalité probable.

Strassman expose l’idée que la DMT est produite et libérée par la glande pinéale dans le cerveau humain lors d’événements majeurs de la vie, tels que la naissance, l’accouchement et l’approche de la mort. Actuellement, il n’y a aucune preuve que ce dernier soit vrai, mais une étude animale a fait allusion à la présence d’un système DMT endogène chez les mammifères. Ici, les chercheurs ont trouvé de la DMT dans de nombreuses régions du cerveau des rats, y compris la glande pinéale.

Si la théorie de Strassman est vraie, et que les humains possèdent ce système DMT, serait-ce alors possible que le cerveau féminin libère de la DMT pendant un orgasme cervical ?

DMT et orgasmes : y a-t-il des preuves ?

Il n’y a pas eu énormément de recherches scientifiques sur l’orgasme féminin. Ce pourrait être à cause du fait que la santé sexuelle des femmes est un domaine extrêmement sous-recherché et sous-financé. Ou cela pourrait être dû à une évidence : il très compliqué d’étudier les orgasmes dans un laboratoire, tant sur le plan pratique qu’éthique.

Bien que, remarquablement, cela ait été fait auparavant. Une étude, publiée dans le Journal of Sexual Medicine en 2017, a révélé que l’orgasme clitoridien active plus de 30 régions du cerveau, en particulier celles impliquées dans le toucher, la mémoire et la récompense.

Une autre étude a révélé que l’orgasme clitoridien réduit l’activité dans le cortex préfrontal, la partie du cerveau responsable de notre personnalité. Les chercheurs ont émis l’hypothèse que cela sous-tend la « perte de contrôle » ressentie pendant l’orgasme. Les psychédéliques sont aussi connus pour réduire l’activité dans le cortex préfrontal, ce qui est censé provoquer la sensation psychédélique de « perte de l’ego » – encore un autre parallèle entre les orgasmes et l’expérience psychédélique.

Cependant, afin d’élucider si la DMT est produite pendant un orgasme cervical, des échantillons de sang devraient être prélevés pendant l’orgasme. Encore une fois, cela complique l’étude scientifique de ce phénomène, donc pour l’instant, cela reste un mystère spéculatif.

On pense généralement que la théorie de l’orgasme-DMT a été formulée en l’absence de science, mais cela est dû en partie au fait que l’orgasme féminin est assez mal compris dans le monde des sciences biologiques. La plupart de nos connaissances actuelles sur les orgasmes sont théoriques et non dérivées de données réelles. Mais, cela étant dit, la réalité psychédélique des orgasmes – bien qu’étant une théorie hasardeuse – n’est pas trop éloignée de ce que nous considérons comme étant un fait à propos du plaisir féminin.

Quoi qu’il en soit, ce chevauchement intrigant entre les expériences de mort imminente, les orgasmes et la DMT, donne définitivement un sens plus profond à l’euphémisme français pour l’orgasme, « la petite mort ».

Le rôle des psychédéliques dans le plaisir sexuel

Il faudrait bien plus de recherches pour que les scientifiques puissent clarifier le lien entre la DMT et les orgasmes cervicaux, mais existe-t-il d’autres moyens d’explorer la relation bidirectionnelle entre les psychédéliques et le sexe ? Plutôt qu’un orgasme provoquant la libération d’une substance psychédélique, peut-être que les drogues psychédéliques pourraient aider ceux qui ont du mal avec le plaisir sexuel ?

Il existe de plus en plus de preuves quant à l’utilisation de psychédéliques dans le traitement d’innombrables troubles de santé mentale, notamment l’anxiété, la dépression et le SSPT. Une voie de recherche actuellement inexplorée est l’utilisation de psychédéliques pour guérir les personnes vivant avec un traumatisme sexuel. Ceci pourrait ici aussi, dissoudre les barrières émotionnelles, et permettre aux survivants d’abus sexuels de profiter pleinement du plaisir sexuel.

En dehors d’essais cliniques, des recherches sur des femmes nord-américaines qui utilisent l’ayahuasca lors de cérémonies rituelles suggèrent que les psychédéliques peuvent améliorer l’intimité avec les autres et transformer notre relation avec nous-mêmes, facilitant ainsi la libération et le plaisir sexuels.

Endogène ou non, la DMT est clairement un puissant outil de guérison. Alors que les scientifiques en découvrent de plus en plus sur la réalité mystique des psychédéliques, ils détiennent le potentiel de révolutionner le plaisir sexuel pour les femmes du monde entier.

© Article de Bethan Finighan / traduction Aurélie Païno

Source : https://www.leafie.co.uk/psychedelics/dmt-psychedelic-orgasm/

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